Me Boudjemaâ Ghechir sur les incidents à la cour d’Oran dimanche dernier

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«Un acte d’une extrême gravité qui porte atteinte à l’image de la justice»

Reporters : Le bras de fer qui oppose le Syndicat national des magistrats aux pouvoirs publics prend une ampleur dramatique avec l’intervention musclée des services de sécurité au siège de la Cour d’Oran. En votre qualité de militant des droits de l’homme qui se bat pour l’indépendance de la justice qu’en dites-vous ?
Maître Boudjemaâ Ghechir : Je suis profondément bouleversé comme l’ensemble des Algériens par l’intervention des éléments de la Gendarmerie nationale à la Cour d’Oran et qui a fait des blessés parmi les magistrats. C’est un acte d’une extrême gravité qui porte atteinte à l’image de la justice et désavoue l’Etat algérien dans ses profondeurs. Avec ce qui s’est passé, dimanche à Oran, on s’éloigne davantage de l’Etat de droit et d’une solution fiable à la crise actuelle que traverse le pays. Violenter physiquement les magistrats à l’intérieur d’un tribunal est un précédent qui restera gravé dans l’histoire de l’humanité. Même les pouvoirs les plus autoritaires n’ont pas osé procéder de la sorte. Ils ont toujours entretenu une bonne vitrine. Les personnes qui ont pris cette décision doivent rendre des comptes en démissionnant de leurs postes. Ils ne sont pas à la hauteur des fonctions supérieures qu’ils occupent.

Pourquoi le pouvoir a-t-il agi de cette manière qui ne fait que ternir l’image de la justice aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur ?
Il est clair qu’aujourd’hui, le pouvoir a perdu le contrôle de la société. Le recours à la violence contre les magistrats, à l’emprisonnement des opposants et des activistes et la fermeture du champ politique et médiatique, n’est qu’un signe de panique et de peur. Le pouvoir réel n’arrive pas à imposer sa feuille de route de sortie de crise et à étouffer le Hirak. La persistance de la mobilisation populaire et le refus de la société de cautionner l’élection du 12 décembre prochain ont mis les tenants du pouvoir dans une situation difficile, voire délicate. La mobilisation populaire, enregistrée vendredi dernier, a montré que le Hirak maintient le cap et nul ne peut l’ignorer. Il est certain que le pouvoir aura du mal à organiser l’élection du 12 décembre prochain après ce qui s’est passé vendredi aux quatre coins du pays. L’escalade n’est pas écarter dans ces conditions.

Que voulez-vous dire par l’escalade ?
Le refus du pouvoir de faire des concessions ou au moins d’aller vers un dialogue sérieux ne fera que compliquer les choses. Cet entêtement ouvre la porte à l’escalade et au durcissement du Hirak. Je pense que le Hirak ira vers de nouvelles formes de protestation et jusqu’à la désobéissance civile. La plupart des Algériens y était contre car ils croyaient que le pouvoir allait prendre des mesures d’apaisement, mais maintenant tout le monde est convaincu que le pouvoir n’a aucune intention d’aller vers une nouvelle ère. Du coup, les idées radicales telles des grèves générales gagnent progressivement du terrain. La violence, le verrouillage du champ politique et médiatique et l’instrumentalisation de la justice ne peuvent jamais constituer des solutions fiables et durables à la crise que vit actuellement l’Algérie.

Source: www.reporters.dz

5 novembre 2019 |

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