Meurtre de Sophie Lionnet à Londres : le procès du calvaire de la jeune fille au pair

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Le corps de la jeune française Sophie Lionnet a été retrouvé calciné dans une propriété du quartier de Wimbledon. Le procès de ses employeurs commence ce lundi.
D’eux, on ne sait rien, ou si peu. Encore moins ce qui les a poussés à brûler le corps de Sophie Lionnet, retrouvé calciné le 20 septembre dernier dans un jardin de Wimbledon, une banlieue cossue de Londres. Sabrina Kouider, une Française de 35 ans, et Ouissem Medouni, 40 ans, son compagnon franco-algérien, sont jugés à partir de ce lundi au tribunal de l’Old Bailey dans la capitale britannique pour le meurtre de cette jeune fille au pair – ce qu’ils nient.

« Homicide très violent », « multiples fractures », « corps presque entièrement détruit »… Réveillés en pleine nuit par la police, il y a six mois, à Paron (Yonne) et à Saint-Julien-les-Villas (Aube), la mère et le père de Sophie avaient reçu la nouvelle comme un coup de massue, presque hébétés par tant de violence. Mais ils ignorent toujours tout des derniers jours de Sophie, partie en janvier 2016 s’occuper des deux enfants de Sabrina Kouider comme jeune fille au pair et finalement suppliciée 18 mois plus tard, à l’âge de 21 ans.

Scotland Yard, qui a déployé pas moins de vingt enquêteurs, n’a rien laissé filtrer. « Ils ont réalisé un travail énorme, salue Me Frank Berton. Cela devrait nous permettre de connaître les raisons et les circonstances de ce drame », détaille, confiant, l’avocat des proches de Sophie, qui sera à leurs côtés lors de cette audience qui s’annonce éprouvante.

« Boysband » et cinéma
C’est par la presse anglaise que Catherine Devalloné, la maman de Sophie, avait d’abord appris, stupéfaite, que Sabrina Kouider avait eu son premier enfant avec un membre de Boyzone, un boysband à succès dans les années 1990.

De quoi expliquer les belles promesses faites à Sophie, très fière, dans un premier temps, de poster sur Facebook des photos d’elle maquillée et habillée par sa patronne. « Elle lui faisait miroiter qu’elle pourrait l’aider à travailler dans le cinéma », se souvient Stéphanie*, une amie de Sophie. À d’autres, elle disait que sa patronne allait financer son permis de conduire. Un miroir aux alouettes.

Plus tard, Sophie s’était peu à peu confiée sur son salaire dérisoire (56 euros par mois), le chantage exercé par sa patronne. « Elle était épuisée, elle faisait le ménage, les courses, s’occupait des enfants… et ne pouvait jamais sortir seule. Mais elle avait peur de ne jamais toucher son argent, donc elle cédait et repoussait toujours son départ », témoigne Léana*, une autre amie.

Cloîtrée, amaigrie, peut-être battue
Les derniers mois, Sophie était injoignable. Plus de téléphone, plus de Facebook. Ses copines ont exhumé une photo, téléchargée mais jamais partagée sur le réseau social, où elle apparaît griffée au cou. Sur d’autres clichés, elle semble terriblement amaigrie.

Coupée de ses proches, cloîtrée, exploitée, peut-être battue… Sophie semblait vivre un calvaire, sans toutefois appeler explicitement au secours. Dans une lettre à son père, fin juin, elle se disait « insultée » par sa patronne. « Il y a beaucoup de tensions et je me fais accusée de choses dont je n’oserai JAMAIS faire » (sic), lâche-t-elle avant de promettre, une nouvelle fois, son retour imminent.

Cinq semaines de procès à l’anglaise
Plus de cinq semaines de procès ont d’ores et déjà été programmées pour juger Ouissem Medouni et Sabrina Kouider, une durée qui n’a rien d’inhabituelle en Angleterre lorsque les accusés plaident non-coupables – dans le cas inverse, l’audience porte uniquement sur la durée de la peine.

En l’occurrence, s’il a reconnu le délit d’entrave à la justice (la destruction du corps de Sophie Lionnet par le feu), le couple conteste le meurtre. De quoi alimenter de longs débats autour des preuves et des interrogatoires serrés des témoins (policiers ayant mené l’enquête, proches de la victime, experts…).

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Sabrina Kouider et Ouissam Medouni encourent la prison à vie. DR
« Dans le système anglais, on prête une très grande attention au débat oral, abonde Me Solenn Le Tutour, inscrite aux barreaux de Paris et de Londres. Les interrogatoires et contre-interrogatoires de témoins peuvent être très longs, le but étant de trouver des contradictions, les déstabiliser. C’est un exercice en tant que tel, qui est d’ailleurs enseigné aux élèves avocats, et le président n’interrompt pas les avocats. »

En matière criminelle, les accusés sont jugés par un jury composé de douze citoyens tirés au sort qui délibèrent ensuite, seuls, sur la culpabilité. Sauf exception, c’est la règle de l’unanimité qui est en vigueur, ce qui peut conduire à des délibérations de plusieurs jours… Ensuite, le juge, lors d’une autre audience, décide de la peine infligée : en l’espèce, Medouni et Kouider risquent la perpétuité. Dans la plupart des cas, le juge fixe également un minimum d’années incompressibles, à partir desquelles les condamnés pourront toutefois solliciter une remise en liberté.

*Les prénoms ont été modifiés.

Source: http://www.leparisien.fr

19 mars 2018 |

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